Les Effacés

Les Effacés

J’étais en train de rédiger ce texte, en quatrième de couverture,
pour vous inviter à plonger dans cette histoire. J’avais utilisé des
tournures de phrases édifiantes, genre « j’ai voulu rendre lisible ce
qui était devenu illisible », lorsqu’elle est apparue de je ne sais où. Elle
paraissait offusquée :
— C’est nul, complètement nul, qu’elle m’a dit. Vous n’allez pas
afficher cette médiocrité derrière NOS livres ?
J’aurais voulu lui répliquer que c’était aussi un peu le mien, mon
livre, mais elle ne m’a pas laissé le temps de formuler quoi que ce soit.
Elle m’a tout de suite dicté :
— Allez, écrivez : « Vous tenez entre les mains quinze chefs d’œuvre,
des pépites littéraires issues de la ruée vers l’art d’écrire du
XIXe siècle. Ces romans, adaptés à notre époque, regroupés en un seul
volume, sont soutenus par un récit original et fascinant ».
Je n’aurais jamais osé aller si loin, mais voilà, c’était dit. Et par
madame Dacre, la moins effacée de tous les Effacés de ce livre.

Dans le cœur de Florence

Dans le cœur de FlorenceFlorence a 16 ans. Pas d’amis, pas d’amoureux. Mais elle écrit. Elle passe tout son temps à écrire dans son cahier, à imaginer, inventer, créer. Quand elle n’écrit pas, ses idées se bousculent comme une rivière en crue. Son écriture est fougueuse, déliée, pas encore domptée. Le rythme de l’urgence. Florence écrit comme elle pense.
À la maison, rien n’est simple pour Florence, et elle riposte. Coups de gueule, insolence, provocation. Elle trouve refuge sur la grève, happée par le paysage sauvage de Charlevoix. Elle parle à sa mère, qui n’est plus là. Les épaules appuyées contre la montagne, le coeur sur le rivage. Des garçons gravitent autour d’elle.
Manu, Toby, le bluesman. Florence les évite, les désire, les repousse. Seule la création lui permet de garder son équilibre, à cet âge où l’avenir ressemble à un banc de brume. Son cahier d’écriture, dont elle ne se sépare jamais, est sa bouée. Mais elle le perd. Et tout bascule. Poussée dans le vide sans parachute. Elle ira jusqu’au bout dans l’affirmation de sa création.

Un dernier songe avant le grand sommeil

Un dernier songe avant le grand sommeil« On te perçoit comme une adolescente enjouée, au sourire insouciant et débordant, une première de classe promise à un bel avenir. Personne ne se doute que ton monde intérieur est une apocalypse, ton cœur un charnier, que tes pensées flirtent avec la Faucheuse dans l’espoir d’être enfin délivrée, telle une princesse captive d’une existence douloureuse et insensée.
Personne ne se doute. »